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Knautiabij op beemdkroon
Knautiabij op beemdkroon

Pourquoi les abeilles sauvages sont-elles dans le pétrin ?

Plus de la moitié des 384 espèces d'abeilles présentes dans notre pays (y compris les bourdons) sont plus ou moins menacées. C'est un problème vraiment conséquent car ces animaux participent à la reproduction de nos plantes mais aussi des cultures vivrières importantes. Le problème des abeilles touche donc tout le monde : si nous ne parvenons pas à inverser la tendance, une crise de la biodiversité sans précédent menace et notre approvisionnement alimentaire se verra clairement compromis.

Pour pouvoir imaginer l'ampleur du problème, nous frappons à la porte de l'entomologiste/expert en insectes Peter Berx. Peter s'occupe d'une population d'abeilles mellifères, mais il est tout aussi préoccupé par le sort des membres sauvages de la famille : "De plus en plus de gens veulent commencer l'apiculture quand ils apprennent que les abeilles ne vont pas bien. Mais il n'y a rien de plus important pour la pollinisation que le maintien de l'abeille sauvage. Un jour, quelqu'un à émis cette comparaison : prendre en charge les abeilles mellifères parce que les abeilles se portent mal, c'est comme démarrer une ferme de poulets parce que la population d'oiseaux sauvages est en déclin. Je suis entièrement d'accord."

De moins en moins de bons endroits pour les abeilles

Il y a plusieurs raisons au déclin des abeilles. D'abord, Peter souligne la perte d'habitat: "Certaines espèces d'abeilles sont très pointilleuses dans leur choix alimentaire. L'andrena hattorfiana (photo d'en-tête), par exemple, dépend entièrement de la scabieuse des champs. Les endroits où cette plante pousse en abondance deviennent de plus en plus rares. Quand une telle zone disparaît, cela signifie la peine de mort pour beaucoup d'andrena hattorfiana."

On pourrait croire que les abeilles généralistes qui apprécient toutes sortes de fleurs, comme les abeilles européennes et les abeilles maçonnes, sont plus résistantes. Mais Peter réfute immédiatement: "Chaque fois qu'une zone industrielle est construite quelque part, qu'une nouvelle rue ou maison voit le jour, beaucoup de nature disparaît sous les briques et le béton. Si cette maison possède également un jardin avec des haies soigneusement taillées et une pelouse bien tondue, les abeilles ne s'y aventurent plus. Certains jardins comptent de nombreuses fleurs, mais avec des espèces exotiques ou des espèces sélectionnées pour leur esthétique (comme les roses). Ces fleurs ne proposent pas assez de nourriture à l'abeille. De plus, les lieux de nidification des abeilles disparaissent comme neige au soleil. Vous pouvez toujours accrocher un hôtel à abeilles plein de bonnes intentions, mais 70% des espèces d'abeilles vivent dans des terriers souterrains."

L'andrène de Clarck niche sous le sol.
L'andrène de Clarck niche sous le sol.

Le manque de lieux de nidification est également la raison pour laquelle l'abeille mellifère est moins visible dans la nature. Peter : "Il existe 7 espèces d'abeilles mellifères dans le monde et l'abeille mellifère européenne qui vivait ici à l'origine est l'Apis mellifera mellifera. Mais je soupçonne qu'actuellement plus de 99% des abeilles mellifères présentes dans notre paysage sont domestiquées. Dans la nature, elles nichent dans des arbres creux, mais c'est de moins en moins le cas."

Moins de variations est néfaste pour les abeilles

Un deuxième problème que rencontrent les abeilles est que le paysage varie moins qu'auparavant. "Avant, les agriculteurs pratiquaient la rotation des cultures et variaient leur production mais aujourd'hui, on constate de plus en plus de monocultures. Prenons par exemple les grands vergers, fréquentés par des abeilles pendant plusieurs semaines, ils sont pratiquement dépourvus de nourriture pendant le reste de l'année. Lorsque l'on coupe les marguerites et les pissenlits au pied des rangées d'arbres, le paysage se transforme très rapidement en une sorte de désert vert."

La continuité est également primordiale pour les abeilles qui visitent des fleurs toute l'année. Peter résume leur calendrier annuel : "L'année des abeilles commence par les bulbes à floraison printanière, comme le perce-neige et le crocus. Puis les saules fleurissent, suivis par les arbres fruitiers, les acacias et les tilleuls. Ensuite viennent les fleurs du jardin et à l'automne, les abeilles mellifères visitent lierre et autres fleurs d'automne. Si l'une de ces transitions manque, par exemple en supprimant l'acacia exotique du paysage, un trou apparaîtra dans cette chronologie et l'abeille se verra durement touchée."

Andrena haemorrhoa
Andrena haemorrhoa

Les parasites sont-ils le grand coupable ?

Vous avez peut-être entendu parler du varroa destructor, un acarien parasite qui fait des ravages parmi les abeilles. Bien que ce problème soit relatif, selon Peter : "Bien sûr, le varroa destructor est un problème important pour les apiculteurs, mais les abeilles sauvages n'en souffrent guère. La pollinisation naturelle ne se manifeste pas dans le comportement, car c'est clair: la pollinisation est toujours de préférence et surtout accomplie par les abeilles sauvages. Ces dernières souffrent aussi parfois de parasites, mais elles n'en meurent pas. Comme c'est souvent le cas dans la nature, parasite et hôte s'équilibrent mutuellement. Des parasites qui exterminent une espèce entière n'ont plus de raison d'exister et provoquent donc leur propre extinction."

Et qu'en est-il des pesticides?

On a beaucoup parlé des néonicotinoïdes au cours de la dernière décennie, explique Peter : "Ces insecticides ont un effet non seulement sur les insectes nuisibles, mais aussi sur tous les insectes qui entrent en contact avec la plante traitée. Ils dérèglent le système nerveux central de l'insecte, ce qui peut potentiellement être mortels." Son utilisation est aujourd'hui strictement réglementée, précisément parce qu'elle a des effets si néfastes sur notre écosystème. Les particuliers ne peuvent plus utiliser de néonicotinoïdes et les agriculteurs uniquement dans des conditions strictes, par exemple dans les serres. Malheureusement, certains de ces produits sont toujours autorisés en Belgique.

Peter pensent que les agriculteurs ont un rôle important à jouer. Ils doivent au final aussi compter sur l'aide des pollinisateurs pour assurer leurs moyens de subsistance : "Dans le passé, on avait plutôt recours à un système de régulation très rigide, pulvérisant à des jours fixes de l'année. De nos jours, une réflexion plus profonde a été mise en place et un bon fermier compte combien d'insectes nuisibles sont présents sur ses plantes avant de pulvériser. Tant que ce nombre reste sous un certain seuil, les dégâts sont trop limités pour traiter ses cultures. Si cette valeur seuil est dépassée, l'agriculteur essaie d'abord de voir si des pesticides naturels peuvent l'aider. Les insecticides ne sont utilisés que s'il n'y a pas d'autre option. Les autorités communales n'utilisent également plus de pesticides. Je pense donc que l'impact des pesticides sur notre stock d'abeilles est bien moindre que l'effet de la perte d'habitat et de la chute de la biodiversité."

Que pouvons-nous faire pour aider notre abeille sauvage ?

Pour nous permettre de contribuer à notre échelle à la sauvegarde des abeilles, nous demandons à Peter de conclure avec quelques conseils concrets :

  • Ne bétonnez pas votre jardin et ne le transformez pas en désert vert. Laissez-le pouser librement, avec beaucoup de fleurs indigènes et de zones sauvages. Plus il y a de variété, plus les abeilles sont heureuses !
  • Ne coupez pas votre gazon trop court et laissez une chance aux fleurs de s'épanouir.
  • Si vous suspendez un hôtel à insectes, faites-le bien: dans un endroit ensoleillé, à l'abri du vent, solidement attaché et près d'un assortiment de fleurs varié. N'utilisez pas de bois de résineux car cela endommagerait les ailes fragiles des abeilles. Pensez aussi aux abeilles qui nichent dans le sol en limitant les surfaces pavées.
  • Achetez votre miel localement. Les apiculteurs locaux ont tout intérêt à ce que les abeilles sauvages soient heureuses et comblées. En achetant leur miel, vous soutenez donc la population d'abeilles sauvages.

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