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Un chien sur les traces des loutres

Pour les chercheurs en sciences naturelles, c’est un immense défi de cartographier les multiples facettes de notre faune et de notre flore. Certains organismes, comme les loutres, ne se montrent presque jamais. Elles ne sont repérables qu’avec des caméras cachées placées stratégiquement, de longues fouilles ou des recherches ADN high-tech. Et puis, il faut de la chance. Sauf si… vous entraînez un chien pour les trouver !

Ellen Van Krunkelsven possède un chien de ce genre. Elle a acheté Smokey, son Malinois, encore chiot dans le but de trouver des loutres : « Je suis biologiste de formation, mais au quotidien j’entraîne des chiens détecteurs d’explosifs avec la police fédérale. Il y a quelques années, mon employeur a reçu un appel téléphonique d’Arno Thomaes, un chercheur de l’INBO (Instituut Natuur-en Bos Onderzoek, soit l’Institut de recherche sur la nature et les forêts), qui a demandé si nous pouvions également entraîner des chiens capables de suivre des animaux. C’est possible, mais cela ne relève pas de la compétence de la police fédérale. Mais vu ma passion pour la biologie et l’écologie, je n’ai pas pu ignorer cette belle opportunité de me lancer comme bénévole. »

Chien de recherche écologique

Nous savons depuis longtemps que l’odorat d’un chien peut s’avérer très précieux. Les chiens sont utilisés pour détecter les drogues et les explosifs, mais certains chiens recherchent aussi des empreintes biologiques comme des truffes, des punaises de lit, des restes humains ou même de l’ivoire.

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© WWF \ Lien Van Den Eynde

On appelle chien de recherche écologique le chien formé à surveiller des animaux ou des plantes sauvages. Un tel chien est particulièrement utile pour trouver les espèces difficiles à détecter avec d’autres méthodes. Des espèces que des spécialistes aimeraient suivre de près. Les chiens de recherche présentent également deux avantages supplémentaires : ils ne nuisent pas à l’environnement et peuvent atteindre des zones difficiles.

Le mode de vie caché de la loutre

La loutre est une espèce très discrète et donc difficile à repérer. Les chercheurs veulent savoir si une loutre est passée, mais aussi si elles se sont installées dans une région. « Je recherche donc des spraints avec mon chien », explique Ellen. « Ce sont de petits tas d’excréments que la loutre laisse derrière elle à des endroits spécifiques afin de marquer son territoire. Lorsque Smokey sent un tel spraint, il se concentre sur ce petit tas et peut me révéler où il se trouve. Il est très difficile pour des humains de reconnaître le fumier de loutre vieux de quelques semaines. »

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© WWF \ Lien Van Den Eynde

Un entraînement intensif

Pour qu’un chien soit capable de localiser des excréments de loutre, il faut beaucoup de travail préparatoire. « Nous ne savions pas tout de suite si nous serions capables de détecter des espèces animales, nous avons donc d’abord mis en place une étude de faisabilité avec Hilde Vervaecke de Odisee Hogeschool. Deux élèves ont dressé leur propre chien pour détecter les loutres (et les lucanes cerf-volant). Cela nous a permis d’identifier certains écueils et d’améliorer nos méthodes de formation. »

Lorsqu’un chien doit détecter des explosifs, il suffit de placer les odeurs souhaitées dans un petit pot. C’est un peu plus difficile avec les animaux sauvages. Ellen nous explique : « Nous nous sommes entraînés avec du fumier de loutre dans les zoos et les parcs animaliers. Mais ces animaux ont bien sûr un régime alimentaire différent de nos loutres sauvages. En captivité, 50% de leur alimentation consiste en poussins alors que les loutres sauvages ne mangent que du poisson. De plus, il y a de la sciure de bois dans leurs enclos, les échantillons reposent donc dans un environnement différent de celui des loutres sauvages. »

Des équipes de bénévoles

Néanmoins, le projet pilote a montré que les chiens sont effectivement capables de détecter les loutres dans des conditions les plus diverses. Loutres en captivité, loutres sauvages, loutres naines, loutres d’origines variées, spraints anciens ou sous la pluie… Les chiens chercheurs de loutres pointaient toujours la bonne cible, même si elle était cachée parmi des excréments de renard ou de fouine.

Ellen remplit des bacs d’effluves divers pour former des chiens de recherche écologiques
Hilde Vervaecke \ Odisee Hogeschool
Ellen remplit des bacs d’effluves divers pour former des chiens de recherche écologiques

Vu le grand succès remporté par les premiers chiens de recherche écologiques belges, Ellen a formé plus d’équipes à la demande de l’INBO. « Via un appel, nous avons recherché des volontaires qui souhaitaient préparer leur jeune chien à un véritable travail de terrain. Chaque chien a été affecté à une ou deux espèces. Les équipes sortent régulièrement avec un chercheur de l’INBO pour parti à la recherche de leur espèce. »

Les chiens ne cherchent pas seulement des animaux rares

Les chiens de recherche écologiques sont formés à trouver des organismes vivants très divers :

    • La loutre, que l’on revoit en Flandre depuis 2012
    • La martre des pins, dont les excréments sont indiscernables à l’œil nu de la martre
    • Le hamster européen, réintroduit au Limbourg
    • Le muscardin, une petite espèce de loir avec une très longue hibernation
    • Le lucane cerf-volant, un insecte qui vole pendant de courtes périodes et passe le reste de son temps sous terre, comme une larve
    • Le pique-prune, qui ne peut plus se produire en Flandre
    • L’hydne hérisson, un champignon impressionnant, mais rare en forme de longues touffes de cheveux blancs
    • Le ouaouaron, un amphibien exotique envahissant qui passe l’hiver dans un trou
    • Les chauves-souris, qui sont détectées lorsqu’elles sont victimes d’une collision avec des éoliennes.

    Chien cherche loup

    Un chien a aussi récemment été formé pour reconnaître les déjections des loups. « Nous avons dû attendre pour voir si un chien renifleur pouvait faire la distinction entre les excréments de chiens et de loups. Une fois de plus, nous avons été surpris par leur capacité à faire cette différence : au départ, nos chiens refusaient même de s’approcher des crottes de loup ! Mais à force de persévérance, nous avons finalement été parfaitement capables de reconnaître les excréments de loup sur le terrain. »

    Les photos du chien en action présentes dans cet article ont été prises lors d’une recherche de loutres dans la vallée de la Semois pour le WWF (photographe : Lien Van Den Eynde).

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