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Couple de goujons
Couple de goujons
Rollin Verlinde

La vie sexuelle originale des poissons

Tout être vivant doit se reproduire d’une manière ou d’une autre ; bien entendu, ce constat vaut aussi pour les poissons. Mais le monde sous-marin est difficile à observer, et nous sommes encore loin de tout savoir sur les espèces aquatiques. À quoi ressemble la vie sexuelle des poissons ? Découvrons-le ici

Le sujet est large, nous en convenons, mais il mérite que l’on s’y attarde. La vie sexuelle des poissons est unique, et chaque espèce dispose de ses propres techniques pour séduire l’élu.e de son cœur, et même les modes de reproduction varient. Quelles sont leurs techniques favorites pour draguer ? Comment se reproduisent les poissons ? Où vont-ils ? 

Des as de la séduction

Qui dit vie sexuelle, dit aussi séduction, car la compétition est rude pour gagner le cœur d’un.e partenaire éventuel.le ! Pour sortir du lot, les techniques sont variées. Certains, comme l’épinoche et la bouvière, se mettent sur leur 31 et sortent leursplus belles tenues de parade. Si le mâle du second adopte des nuances pastel, le premier mise tout sur ses beaux yeux. Et pour que ceux-ci ressortent mieux, son ventre devient orange vif. D’autres se montrent plus… originaux dans leur apparence. Les goujons, barbeaux, hotus, brèmes et loches se couvrent de « boutons de frai », aussi appelés « boutons de noce », des sortes de protubérances censées séduire les femelles. Chacun son truc ; nous, nous aurions misé sur la moustache.

Epinoche mâle prêt à s'accoupler
Yves Adams
Epinoche mâle prêt à s'accoupler

Et nos poissons comptent aussi sur leurs talents d’architectes. Un nid sécurisé peut séduire de futurs partenaires aussi sûrement qu’un physique de rêve, car il montre un investissement certain dans la relation (surtout en ce qui concerne la sécurité des petits). Nous avons déjà cité l’épinoche qui, en plus d’attirer l’attention avec ses couleurs vives, construit plusieurs nids pour attirer les femelles. Il n’est pas le seul à procéder de la sorte : le sandre mâle est lui aussi aux petits soins, et défendra agressivement le nid une fois les œufs pondus. Chez les salmonidés (truites, saumons, ombles), c’est le contraire : ce sont ces dames qui s’occupent de la décoration. Connaissez-vous beaucoup d’êtres humains qui vous construiraient une maison pour pouvoir vous séduire ? Nous parions que non. Nos poissons sont décidément très impliqués quand il s’agit d’attirer le chaland !

Voyage, voyage…

Vient ensuite le concept du voyage de noces. De nombreux poissons changent de milieu pour se reproduire et/ou pour pondre leurs œufs. Ce changement peut leur permettre de réduire la concurrence avec d’autres espèces ou de trouver davantage de nourriture ; les poissons qui optent pour la migration sont appelés diadromes et sont répartis en deux sous-catégories : ceux qui désertent la mer pour nos rivières – les anadromes, parmi lesquels se trouvent le saumon, la truite ou encore la lamproie – et ceux qui partent se reproduire en mer, comme l’anguille (catadrome). De plus, nos poissons ont un super-pouvoir : ils sont capables de retrouver leur lieu de reproduction habituel d’année en année. Certains repèrent les frayères grâce aux odeurs, d’autres se servent du champ magnétique terrestre, et d’autres encore suivent les courants.

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Rollin Verlinde

Et l’accouplement dans tout ça ?

Nous arrivons au vif du sujet : l’accouplement en tant que tel. Quand mâles et femelles se sont mis d’accord sur un foyer, il est temps de mettre au monde les enfants. Chez la plupart des poissons, la fécondation est externe. La femelle pond ses œufs, et le mâle les féconde en y déposant son sperme. Certains parents attentionnés restent avec leurs œufs puis avec leurs alevins pour les protéger, tandis que d’autres les abandonnent à leur sort.

Il existe également des poissons pour lesquels la fécondation est interne, comme les raies ou les requins. Les mâles possèdent alors un organe appelé ptérygopode ou clasper qui est attaché à leur nageoire pelvienne et qui leur servira à transmettre leur sperme aux femelles. Plus étonnant encore : certains poissons sont vivipares, ce qui signifie que les alevins sortent du corps de leur mère entièrement formés. Là aussi, la fécondation est interne (logique) et est réalisée à l’aide d’un gonopode ou spermatopode, une modification de la nageoire anale des mâles. C’est le cas par exemple de la loquette d’Europe, qui «allaite » ses embryons quand ils sont toujours dans son corps.

Dans des cas plus rares, la présence des deux sexes n’est pas nécessaire pour donner naissance. Certaines femelles sont ainsi capables de se reproduire parparthénogenèse, et plus particulièrement par gynogenèse, c’est-à-dire sans matériel génétique masculin. Ce mode de reproduction particulier a déjà été observé sur des requins en captivité qui n’avaient plus été en présence de mâles depuis longtemps. Il est aussi utilisé par la carpe prussienne et certains poissons rouges.

Récemment, des chercheurs portugais ont constaté la naissance d’un poisson Squalius alburnoides ayant exactement le même matériel génétique que son père, ne montrant aucun signe du matériel de sa « mère » ; il s’agit donc d’uncas unique d’androgenèse chez les vertébrés à ce jour. Leurs théories ? Le spermatozoïde aurait rencontré un ovule sans matériel génétique, ou le matériel femelle aurait été éliminé après la fécondation. 

Squalius alburnoides, le seul cas d'androgenèse avéré chez des vertébrés
Squalius alburnoides, le seul cas d'androgenèse avéré chez des vertébrés

Cas particulier : l’hermaphrodisme

Dans certains cas, les poissons peuvent changer de sexe au cours de leur vie, parfois même à plusieurs reprises. Certains commencent leur vie en tant que mâles et deviennent ensuite des femelles (protandries), tandis que d’autres font le chemin inverse (protogynie). Mais pourquoi cette modification ? Simplement par utilité.

Chez les espèces où seul un mâle dominant peut se reproduire, il sera plus facile pour les autres mâles de devenir des femelles afin de pouvoir également transmettre leur patrimoine génétique. En revanche, quand le mâle dominant vient à mourir, l’une des femelles prendra sa place et deviendra le nouveau mâle dominant. Ces changements peuvent aussi s’opérer avec l’âge ; les dorades grises, par exemple, naissent toutes femelles avant de devenir des mâles vers l’âge de 7 ans. La protandrie a aussi ses avantages : pour certaines espèces, plus une femelle sera grosse, plus elle pondra d'œufs ; un gros poisson a tout intérêt à devenir femelle pour participer à la pérennité de son espèce !

Dorade grise
Dorade grise

Si plusieurs changements sont possibles au cours d’une vie, on parle alors d’hermaphrodisme alternant ; cette situation peut par exemple se produire quand l’un des partenaires d’un couple meurt et qu’il doit être remplacé.

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